L’enfant

L’enfant ne sert à rien. Il est là, on ne sait pas trop pourquoi, lui non plus. Il se cure le nez, pose des questions auxquelles on n’a pas envie de répondre.

L’enfant n’est pas gentil, il garde ses trésors bien cachés dans sa chambre, ne prête pas ses jouets, ne termine pas ses frites, perd ses chaussettes, colle son chewing-gum sous la table. Il redoute par-dessus tout l’effort, se cache aux cabinets au moment de lever le couvert, ne sait pas sa poésie, ni 7 fois 8.

L’enfant rêve. La nuit, le jour, il ne sait plus très bien, ça l’occupe, le protège, le rend imperméable à la vraie vie qui attend, tapie dans chaque recoin, à chaque instant de la journée, qui sait bien que tôt ou tard, selon les latitudes, elle va le coincer.

L’enfant est très intelligent, mais il fait l’enfant, pour être tranquille, ou pour rire un peu et les grands sont les complices de cette imposture.

L’enfant est content d’être malade, il chauffe le thermomètre, s’invente des douleurs, se force à tousser, il va rester au lit, n’ira pas à l’école, il aura du jus d’orange, du jambon glacé, des découpages, on va le regarder avec encore plus de tendresse, lui caresser le front, oublier qu’il ne sait toujours pas 7 fois 8.

L’enfant n’est pas raisonnable, il se nourrit de sucreries, mange toutes les cacahouètes de l’apéro du Dimanche, ça lui fait mal au ventre, c’est bien fait pour lui.

L’enfant n’a pas d’avenir, comme enfant.